BLAAAK : interprétation d’une logique discrète du vivant.

Parmi les mécanismes que l’on observe dans la nature, le principe de connexion est omniprésent. Branches, bronches, neurones, coraux, systèmes racinaires ou molécules : des éléments distincts se relient les uns aux autres et forment des structures organisées. À différentes échelles, le vivant semble reposer sur des logiques relationnelles capables de produire des morphologies complexes à partir d’unités simples.

NAISSANCE DE BLAAAK

C’est à partir de cette observation que j’ai développé le percept BLAAAK (dans mon travail, un « percept » est un système visuel comportant ses propres règles de formation). Il se compose de points noirs de différents diamètres (les nodes) reliés entre eux par des segments. Cette structure minimale fonctionne comme une abstraction de certaines organisations présentes dans le vivant : unités, connexions, bifurcations, ramifications. Les points deviennent des éléments distincts, les segments des relations, et l’ensemble forme une structure arborescente évoquant aussi bien des organismes que des réseaux ou des systèmes de croissance.

DE LA FIGURATION AU SYSTÈME

Les premiers développements de BLAAAK étaient encore proches de la figuration : crâne, main, insectes, silhouettes ou diatomées. Progressivement, le percept s’est éloigné de la représentation directe pour devenir un système plus autonome. L’enjeu n’était plus de dessiner des formes vivantes mais de mettre en place des conditions capables de faire émerger des morphologies organiques.

DU SYSTÈME AUX PROGRAMMES

Cette évolution a conduit au développement de programmes génératifs comme Nomaenon, puis plus récemment à BLAAAK/CELLS dans sa version dessinée et BLK/C3LLS dans sa version codée.
Autour des nodes sont apparues des zones colorées concentriques évoquant des cellules et leur noyau. Cette transformation a déplacé les structures de BLAAAK du simple réseau vers quelque chose de plus ambigu : des entités semblant dotées d’une présence propre.

Le programme BLK/C3LLS repose sur un ensemble de règles simples qui déterminent progressivement l’apparition d’une entité, que j’appelle « spécimen ». Ici, la forme finale n’est pas préméditée : elle résulte d’interactions, de contraintes et de conditions internes au système. L’œuvre fonctionne moins comme une image fixe que comme un processus autonome dont la morphologie apparaît progressivement.

LES LOGIQUES DISCRÈTES

J’utilise l’expression « logiques discrètes du vivant » (le terme « discret » étant emprunté aux mathématiques discrètes) pour désigner certains mécanismes d’organisation observables dans la nature : connexions, bifurcations, proliférations, interactions locales ou systèmes de croissance. BLAAAK constitue l’une des interprétations plastiques possibles de ces logiques.

Derrière l’apparente continuité du vivant, de nombreuses structures biologiques peuvent être envisagées comme des organisations composées d’unités distinctes en relation. Certaines théories scientifiques — théorie des graphes, morphogenèse, automates cellulaires ou systèmes dynamiques — ont tenté de formaliser ces mécanismes. Mon travail ne cherche pas à illustrer scientifiquement ces modèles mais à en extraire certaines mécaniques structurelles afin de produire des formes.

RETOUR AU SENSIBLE

Cette réflexion m’a conduit à réaliser BLK-Structure201, un inventaire des morphologies possibles pour des organismes allant de une à dix cellules connectées selon une logique arborescente minimale. Ce travail s’appuie sur ce que les mathématiques appellent des arbres libres non étiquetés. Avec seulement dix unités reliées sans cycle, il existe déjà 201 structures distinctes. Cette prolifération rapide des combinaisons montre comment des règles extrêmement simples peuvent produire un espace morphologique considérable.

Pour réaliser BLK-Structure201, j’ai utilisé plusieurs systèmes successifs : programmation informatique pour générer les structures, machine à commande numérique pour les tracer, puis intervention manuelle à l’encre noire pour peindre le centre des cellules. Ce passage du calcul abstrait vers le papier et l’encre a marqué un déplacement important dans mon travail. Même lorsque les formes sont issues de systèmes rigoureux et géométriques, leur inscription matérielle réintroduit une dimension physique, sensible et organique.

La suite de cette recherche réintroduit plus largement le geste manuel à travers le dessin et la peinture,  en perturbant ou en prolongeant ces structures. Les aléas de l’encre, la présence de la main, les variations de densité ou de couleur viennent alors dialoguer avec la rigueur des systèmes génératifs.

Le code produit des structures possibles ; le dessin, l’encre et le papier leur donnent une présence physique. Mon travail se situe aujourd’hui dans cet aller-retour entre système et sensation.

Les règles sont posées, le terrain de jeu est vaste.

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