Lorsque j’observe un feuillage, des nuages, un champ de blé ou une étendue d’eau en mouvement, j’éprouve une sensation proche de celle que me procure la contemplation des fourmis ou le pullulement de micro-organismes : une forme de beauté issue à la fois d’une immense variété de nuances et d’une logique sous-jacente qui organise l’ensemble.
UNE FORME QUI RÉSULTE DE RÈGLES ET D’INTERACTIONS
Dans tous ces phénomènes, la forme n’est pas donnée d’emblée, elle est le résultat d’interactions entre éléments distincts, chacun répondant à des règles locales, soumis à des contraintes, traversé par des forces. Aucun élément ne porte à lui seul la forme globale, celle-ci émerge de la somme des relations, des frictions et des équilibres temporaires. Cette manière de « faire forme », relationnelle, distribuée, processuelle, nourrit profondément ma réflexion et mon travail plastique.
LE PERCEPT COMME BRIQUE
Je ne parle pas ici d’une approche scientifique, mais d’observations visuelles et sensibles qui alimentent mon imaginaire plastique. Les récifs coralliens, les cristaux, les strates géologiques, les réseaux végétaux ou cellulaires deviennent des briques avec lesquelles je construis mes œuvres. Ces briques, je les nomme percepts. (voir l’article “Ce que j’entends par Percept”).
Un percept n’est pas un motif à reproduire, mais une logique de fonctionnement. Chacun d’eux possède son propre régime : croissance, accumulation, stratification, propagation, liaison, opacité ou transparence. Lorsqu’ils sont mis en relation, ils se confrontent, s’hybrident, se perturbent mutuellement, donnant naissance à des formes complexes, instables, parfois inattendues.
Le dessin manuel me permet d’en fixer certains états, mais il atteint ses limites lorsqu’il s’agit de faire dialoguer ces briques de manière continue et autonome, de façon massivement sérielle.
DE LA LIMITE DU GESTE À L’AUTOMATISATION
C’est de cette limite qu’est née l’envie d’automatiser les interactions, de créer des systèmes capables de produire des configurations que je ne pourrais ni anticiper ni composer seul.
Avec la programmation, je ne cherche pas à atteindre une forme particulière, je mets en place des règles, des conditions, des contraintes, puis je laisse les interactions produire leurs effets. La forme n’est plus un objectif, mais un résidu, une mémoire des relations qui ont eu lieu.
Dans des projets comme VIV4RIUM, la forme est la conséquence d’un processus en cours, jamais totalement stabilisé, jamais fini, toujours prompt à muter.
GÉNÉRER UN TROUBLE PERCEPTIF
La programmation me permet ainsi de créer de véritables espaces d’interaction dynamique. Je les conçois comme des milieux, des biotopes abstraits, dans lesquels des entités simples se comportent comme si elles étaient vivantes.
Ces espaces produisent volontairement un trouble perceptif où le regard hésite : est-ce une structure ? un organisme ? Un système ? Ce flottement active notre faculté, profondément animale, de projeter une intention, une vie, là où il n’y a que des règles et des forces.
C’est précisément ce trouble que je recherche, ce moment qui met en marche notre volonté de comprendre et de décider, de choisir ou de conserver le doute.


