Là où le regard hésite

Dans certaines de mes œuvres, je cherche volontairement le trouble, pas comme provocation gratuite, mais comme indice de vitalité. Peut-être que si la forme dérange, c’est qu’elle est en train de vivre, ou de faire vivre.

ÉQUILIBRE INSTABLE

Un trouble apparaît lorsque le regard ne sait plus immédiatement comment se positionner, lorsque la forme résiste à une lecture rapide. Elle n’est ni clairement abstraite, ni franchement figurative, elle évoque des choses : organisme, matière, fragment, sans parvenir à se stabiliser ni se laisser nommer. Ni beau, ni laid, ni fluide, ni solide, ni vraiment contrôlé mais pas tout à fait chaotique, c’est instable.

SORTIR DU TROUBLE OU Y RESTER

Ce trouble organique met le regard du spectateur au travail. Il ralentit, ajuste, revient en arrière. Il ne consomme plus l’image, il la fréquente. Quelque chose se joue dans cette durée : une sensation, parfois légère, parfois inconfortable, mais toujours active.
Cette hésitation est précieuse car elle détermine le moment où le spectateur s’engage ou non dans un choix qui lui est propre, stimulé par une forme qui n’est pas figée, pas encore domestiquée par le regard. Ce trouble est un état intermédiaire, une zone de frottement entre reconnaissance et étrangeté, particulièrement fécond si l’on échappe à la force de ses certitudes.

DE L’OBJET À LA PRÉSENCE

Je m’intéresse à cette sensation parce qu’elle est proche de celle que nous éprouvons face au vivant “réel” : jamais parfaitement lisible. Il déborde, il mute, il échappe. Lorsqu’une forme plastique produit ce même effet de glissement, elle cesse d’être un objet et devient une présence.
Provoquer ce trouble, c’est refuser les formes closes, rassurantes, immédiatement identifiables. C’est préférer les états transitoires, les morphologies ambiguës, les équilibres fragiles. Là où la forme semble encore en train de se faire ou se défaire.

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